Prise de note : Jean-Baptiste Fressoz : « Désintellectualiser la critique est fondamental pour avancer »


Jean-Baptiste Fressoz : « Désintellectualiser la critique est fondamental pour avancer »

Je suis désolé si ça semble intellectuellement peu enthousiasmant comparé aux grandes refondations cosmologiques proposées par les philosophes, mais étant donné l’urgence des enjeux, le fait qu’il faille agir partout et maintenant, la crise environnementale contemporaine oblige à agir dans le monde politique et géopolitique tel qu’il existe actuellement.

Entre 1800 et 2000 on passe de un à six milliards d’individus sur la planète, alors que la consommation d’énergie est multipliée par 40 et le capital par 134 (si on prend les chiffres de Thomas Piketty). Il y a donc plein de grandeurs qui sont beaucoup plus importantes et déterminantes. S’il ne fallait qu’un seul mot pour expliquer la crise environnementale, c’est probablement « Capitalocène ».

Le plus important, c’est à quel point le fait militaire contamine les technologies civiles. Et comme celui-ci s’oriente vers le choix de la puissance plutôt que celui du rendement, ça fait bifurquer vers des technologies très énergivores, très polluantes. Les mêmes technologies de destruction contre les humains sont ensuite appliquées sur les vivants en général : les pesticides, le fil à nylon utilisé pour la pêche vient des parachutes, l’aviation, les autoroutes, autant d’éléments très polluants qui viennent des militaires. L’interaction de tout ceci avec le capitalisme est le nœud de l’affaire.

Quelque soit l’EROI, tant qu’il y a un intérêt financier à le faire, on le fera. À la fin des années 2000, les firmes pétrolières ont sérieusement envisagé d’installer des centrales nucléaires pour récupérer les pétroles bitumineux de la province de l’Alberta, au Canada. Et si le cours du pétrole remonte, il y a des chances que ces projets réapparaissent. Il faut prendre en compte l’EROI mais aussi relativiser cette vision purement énergéticienne de l’histoire de l’énergie.

La question du manque d’énergie a pris une place démesurée alors que celle du changement climatique va se poser bien avant. […] Dire que c’est la nature qui se mettrait à nous imposer des limites, c’est risquer de dépolitiser la question. Il faut qu’on arrive à s’imposer nous même des limites. Le plus déprimant est que le capitalisme extractiviste se porte bien, il peut continuer encore longtemps comme ça, il peut bousiller la planète bien avant de manquer de carburant.

Arnaud Meillarec

Auteur, conférencier, conseiller en jardinage avec le vivant, il met en place le Jardin-forêt des marais alliant arbres, plantes pérennes et annuelles sur 1000m2. Il a fondé et anime l'association "Cordemais en permaculture".

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