Prise de notes : Héritage et fermeture – Une écologie du démantèlement (Emmanuel Bonnet, Diego Landivar, Alexandre Monnin)

P62 « Ce que Montebello appelle « monde cosmomorphe »permet de redistribuer la question ontologique en dehors de la corrélation homme-monde / sujet-objet, en appréhendant des modes de relation entre les êtres hétérogènes, non une corrélation mais une ontogénèse réciproque des êtres reliés. L’anthropomorphisme supposait la séparation de l’homme et du monde. Avec le cosmo morphisme, l’homme retrouve une place parmi les autres êtres avec lesquels il compose. Les êtres qui composent un monde sont un « tissage de relations » qui peuvent consister ou perdre leur consistance : « Nous nommons monde l’ensemble mouvant d’êtres interdépendants avec lesquels nous sommes imbriqués, que nous composons ou que nous laissons décomposer, que nous faisons consister ou que nous livrons à l’inconsistance. » Ce qui fait-monde pose l’enjeu de ce qui est maintenu ou non par « nous les humains ». »
P63 « La consistance et l’inconsistance se trouvent associés au destin de la Terre. Elle ne surgit comme problème qu’au moment où les relations que constituent les êtres terrestres se défaisant, ces êtres sont menacés dans leur existence même, de même que le tissu relationnel que constitue la Terre vivable. Ce qui fait monde a trait alors plutôt à la consistance entre les êtres. »
P64 « Composer un monde, n’est-ce pas aussi et tout autant composer avec nos attachements sociaux-matériels au capitalisme, qui fragilisent toute consistance possible et rendent le monde inhabitable ? Comment composer avec les êtres qui menacent toutes les autres ? La question des attachements et de nos valuations de « ce à qui » et « ce par quoi » nous tenons ne peut-elle pas rencontrer aujourd’hui celle de nos détachements de « ce à quoi nous ne tenons plus », et de l’inconsistance de « ce par quoi nous ne tenons plus », préfigurant un possible renoncement ? »
P74 « Dans le monde organisé, l’entreprise est devenue l’unique principe de réparation du monde lorsqu’il est cassé. La dislocation du monde est perçue comme une désorganisation. »
P79 « Le monde ouvert se compose d’un ensemble de phénomènes organisationnels et l’activité organisante est affaire d’événements »
P80 « Il ne s’agit pas de choisir des options plausibles, un futur désirables pour des individus et la société, ni de choisir un mode d’existence parmi d’autres et de le suivre, mais d’évaluer une possibilité de vie dans un monde en ruine. Ce n’est pas seulement à vivre dans les ruines, c’est plutôt un art et une ingénierie de la déprojection pour trouver des possibilités de consistante dans ce monde ci. »
P82 « Nous devons trouver des façons de « désimaginer » le monde, plutôt que de projeter un autre monde plus désirable et habitable. »
P88 « Du côté de l’écologie reconnexionniste, l’intuition consiste à soutenir que l’Anthropocène et ses attributs (effondrement de la biodiversité, emballement climatique, situations écologiques critiques, fin de la part sauvage du monde, etc.) sont des manifestations d’une rupture ontoologique entre humains et non-humains (ou nature et culture, sujet et objet, etc.). La catastrophe éologique serait due à une déchirure (moderne) dans le lien ontologique qui nous unit au vivant, lien qu’il faudrait donc « retricoter », « retisser », « raviver », « recoudre », « relier » etc. face à l’Anthropocène. »
P89 « L’Anthropocène assène ainsi un coup fatal au paradigme qu’on a appelés « réconciliateurs ». Développement durable, responsabilité sociale, transition etc., partagent l’implicite d’une situation écologique qui serait pilotable et impliquerait une réforme de nos moyens énergétiques et de nos modes d’organisation. »
P89 « La facilité intellectuelle serait en effet de se dire que face à l’urgence climatique, il faut une rupture. Or, les infrastructures du capitalisme ont tissé un continuum spatial, temporel et ontologique qui fait que la plupart de nos modes de subsistance, d’habitabilité (géographie, territoire) sont aujourd’hui foncièrement dépendants. […] ce n’est pas le climat qui est un « hyper objet » (des entités visqueuses dont on ne peut plus réellement s’extraire) mais bien le capitalisme. »
P95 « Le problème écologique est […] avant tout un problème de charges, de dépendances, de ligatures, qui nous lient à la Technosphère. La reconnexion au vivant ne se décrète pas, elle se réalise sur la base d’une stratégie à bâtir vis-à-vis d’abord de la technosphère. Pour se reconnecter à la trame de la vie, il faut avant tout se déconnecter, se détacher des trames (techniques, de subsistance, etc.) qui nous lient aux ruines de la Technosphère. «
P98 « [L]es infrastructures du capitalisme sont bien écologiquement « déjà mortes », ou du moins condamnées. […] Du point de vue climatique, écologique, ou en termes de soutenabilité matérielle et extractive, ces infrastructures sont condamnées et déjà obsolètes. »

Arnaud Meillarec

Auteur, conférencier, conseiller en jardinage avec le vivant, il met en place le Jardin-forêt des marais alliant arbres, plantes pérennes et annuelles sur 1000m2. Il a fondé et anime l'association "Cordemais en permaculture".

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