Prises de notes : Terre et liberté d’Aurélien Berlan

Nouveautés avril 2022

Nouveautés avril 2022

Prises de notes

p18 « Parler d’autonomie alimentaire ou énergétique c’est […] vouloir reprendre ses conditions de vie en main, renouer avec les pratiques de subsistance »

p21 « La liberté […] est inconcevable sans un minimum d’autonomie matérielle. Si nous voulons prendre la voie d’un monde qui soit à la fois juste et soutenable, c’est avec cette conception de la liberté qu’il nous faut renouer in extremis, en reprenant en mains (une partie de) nos conditions d’existence. Car sur la base du fantasme d’être libéré de la nécessité, il ne sera jamais possible d’enrayer la dynamique nihiliste dans laquelle nous en sommes en train de nous abîmer. »

p28 « Grâce au scandale Snowden, il est devenu indéniable que les discours rassurants sur la « société de l’information » sont le fait au mieux de grands naïfs pratiquant la politique de l’autruche, au pire de marchands de sables que l’informatisation du monde renforce et enrichit. »

p29 « En réalité, l’indifférence suscitée par l’affaire Snowden laisse entendre que la dissolution de notre vie privée n’affecterait plus notre liberté. »

p43 « Les échanges marchands sont devenus le mode normal de couverture des besoins, au détriment des pratiques ancestrales d’autosubsistance »

p46 « Loin d’avoir construit une société où « l’individu est roi », [le libéralisme] a produit « un monde totalement administré où les individus sont écrasés par les grandes organisations qui déterminent leurs formes de vie de la naissance à la mort »

p46 « On est ainsi passés de la liberté d’entreprendre à la liberté des entreprises, les sociétés privées exigeant toutes latitudes de faire ce qu’elles veulent. »

p60 « Si l’on admet que la politique tient à la nécessité de « faire avec les autres » (en quelque sens que ce soit) l’invitation à transférer toutes nos activités dans le cyberespace, au risque de créer un monde sans contact, manifeste une hantise de la politique. »

p66 « Un des but de ce livre est de se demander comment sortir de cette conception orwellienne où la liberté (des uns) repose sur l’esclavage (des autres). »

p66 « Comme le reconnait Arendt, la liberté Antique reposait donc sur « l’économie de l’esclavage ». »

p61 « Pour Contant, il est tout simplement normal, quand on en a les moyens, de se décharger sur d’autres de ses affaires domestiques – et qu’il devrait en aller de même dans le domaine politique. »

p61 « Les échanges marchands permettent aux gens riches, à travers la division du travail, de faire faire à d’autres les tâches pénibles dont ils ne sauraient se passer, mais qu’ils l’ont pas envie d’assumer eux-mêmes. Par l’argent, ils peuvent acheter la peine des pauvres pour s’éviter la peine de faire ce que ces derniers sont prêts, ou plutôt économiquement contraints, à faire pour obtenir de l’argent. »

p127 « Au XXème siècle, les classes populaires des nations industrialisées sont devenues dépendantes, pour leur subsistance, d’un système sur lequel elles n’ont aucune prise, contrairement aux classes dirigeantes. »

p135 « Ce dot les dominants ont toujours voulu être délivrés, ce n’est pas de l’effort en général, mais des tâches quotidiennes qui ne sont pas vectrices de prestige, afin de se consacrer à celles qui donnent du pouvoir. »

p136 « La pseudo-naturalité du désir de délivrance matérielle résulte en fait d’un codage culturel qui hiérarchisent les activités en fonction des groupes auxquelles elles sont assignées. »

p136 « Le désir de délivrance ne semble « naturel » qu’en raison de l’intériorisation de la hiérarchie sociale. »

p137 « Le mépris pour le mode de vie des puissants est le signe de la liberté d’esprit. »

p138 « On identifie alors l’origine du consensus philosophique autour de l’idée que la liberté suppose la délivrance et s’identifie même à elle : le travail intellectuel supposant d’être dégagé des nécessités de la vie, les intellectuels sont peu disposés à la remettre en question. »

p145 « S’émanciper, pour les classes populaires, ce n’est donc pas être libérés des tâches liées à la vie quotidienne, mais abolir les rapports de domination. »

p154 « La notion d’autonomie témoigne d’une mise en cause des échelles de production, d’organisation et d’interaction dans le monde moderne. […] Vouloir plus d’autonomie […] c’est aspirer à s’affranchir de la dépendance envers un système industriel mondialisé, oppressant dans sa démesure. »

p154 « L’idée d’autonomie est liée à la critique de la concentration du pouvoir dans de lointaines instances de décision sur lesquelles les individus comme les communautés n’ont plus de prise. »

p161 « A l’heure du désastre socio-écologique provoqué par le capitalisme industriel, l’émancipation des femmes, comme celle des hommes, suppose de réinventer la subsistance en dehors des rapports traditionnels de domination personnelle. »

p162 « Au XXIème siècle, les Lumières exigent de nous sortir de la tutelle industrielle : « Osez vous servir de vos propres capacités intellectuelles et physiques, osez faire par vous-mêmes » »

p166 « Si la nature est le socle de notre subsistance, sa dégradation ne peut que mettre en danger notre autonomie, en nous rendant dépendants des moyens technologiques d’y pallier. voilà pourquoi la défense du vivant et celle de la liberté sont intrinsèquement liées. »

p166 « Le désastre écologique nous invite donc à effectuer un tournant « subsistantialiste » dans notre manière d’appréhender la liberté, pour nous libérer du fantasme nihiliste de la délivrance. »

p166 « Pour pouvoir exister et choisir sa vie en toute liberté, encore faut-il a voir quoi vivre et avoir prise sur ses conditions de vie, pour les assurer durablement sans être dépendants d’instances surplombantes capables de peser sur nos choix. »

p170 « L’autonomie ne consiste pas à se débrouiller tout seul, mais à s’inscrire dans un monde d’interconnaissance où les obligations réciproques et les règles partagées tissent des liens de solidarité qui libèrent des formes de domination impersonnelles. »

p171 « Dès que l’on adopte la perspective de la subsistance, l’hypothèse que le supermarché global s’effondre perd sa dimension apocalyptique : ce ne sera pas la fin du monde, mais seulement la fin d’un monde, celui que les puissants ont construit dans leur propre intérêt, et y mettre un terme est désormais la condition pour que la vie cesse de se dégrader. »

p175 « Landauer identifiait les trois principaux versants de l’autonomie matérielle : assurer notre subsistance, c’est pourvoir à nos propres besoins, faire par nos propres moyens et vivre de nos propres ressources. »

p175 « [Les] trois dimensions de l’autonomie matérielle : l’autosuffisance, l’autoproduction et l’ancrage local »

p177 « L »autosuffisance est donc la condition pour nouer des liens libres, basés sur le désir de voir autrui plutôt que sur le besoin de ce qu’il détient, qui n’induit pas toujours, loin s’en faut, des relations saines. »

p178 « [Emanciper] ce n’est pas couper des ponts mais créer du lien, substituer des relations horizontales de coopération à des rapports verticaux de domination. »

p181 « Au delà d’un certain nombre d’heures, le travail devient si fatiguant que le surcroît de bien être qu’il permet n’en vaut plus la peine, ce qui pose une « limite naturelle » […] à la limitation des besoins. Quand on fait les choses nous mêmes, il en résulte une auto limitation des besoins qui est une composante essentielle de l’autonomie. A l’inverse, rien ne vient borner les besoins de celles et ceux qui font tout faire aux autres. »

p189 « Si l’exigence d’autonomie pose des limites à la sophistication des outils, puisqu’un usager ordinaire doit pouvoir s’approprier le savoir nécessaire pour les réparer, elle se joue également sur le plan de l’intelligence et des connaissances : sur le plan intellectuel en tant que capacité de penser par soi-même et de faire preuve d’esprit critique sur les tenants et aboutissants des outils qu’on utilise; et sur le plan pratique en tant qu’ensemble de savoir-faire constituant une « culture générale » mais pratique et non livresque qu’on apprend le plus souvent en autodidacte. »

p190 « Faire par ses propres moyens, au sens du bricolage, c’est donc « faire avec » : faire ce qu’on peut avec les ressources disponibles ici et maintenant. »

p191 « Prendre en charge ses conditions de vie suppose d’habiter quelque part, d’avoir un chez-soi au double sens d’un lieu de vie et d’un milieu dans lequel puiser de quoi assurer sa vie. »

p192 « Si être autonome, c’est vivre des ressources propres du territoire que l’on habite, encore faut-il les connaître […] Ce qu’on considère comme notre chez soi, c’est justement ce monde familier (et pas seulement familial) que l’on s’est approprié avec le temps. […] Si l’autonomie est forcément sociale, elle est aussi nécessairement territoriale et passe par le partage de biens communs (terre et outils) ce qui permet de cultiver d’autres modèles de comportement que le « souverainisme existentiel » lié à la propriété privée. »

p194 « Si l’aspiration à la liberté est universelle, le mode de vie libre ne l’est pas, au sens qu’il n’est pas uniforme. Certes, les principes en sont partout les mêmes, mais ils se réalisent sous des formes différentes. »

p196 « La misère paysanne ne tient pas à la pingregrie de « Dame Nature », ni à une arriération technique qu’il fallait surmonter par des connaissances scientifiques : elle a toujours été due à la rapacité et à la violence des classes dominantes. »

p197 « Pour que l’autonomie matérielle ne soit pas un piège, elle doit être complétée par l’autonomie politique – d’autant plus aujourd’hui où elle doit être reconquise contre le système industriel et l’oligarchie qui en profite. Car assurer sa subsistance, pour un individu comme pour une communauté, c’est aussi capable d’assurer sa propre défense. »

p198 « Sur le plan matériel comme sur la plan politique, l’autonomie suppose aussi la critique de la spécialisation telle qu’elle est requise par la société industrielle […] Elle exige donc de déprofessionnaliser la politique et la subsistance : les arracher aux prétendus experts qui les accaparent, et se réapproprier les savoirs et les techniques correspondantes. »

p205 « C’est avec une certaine conception de la liberté qu’il faut rompre, une conception absurde qui, en identifiant la liberté à la délivrance et à la puissance qui la conditionne, sonne le glas non seulement de la liberté mais aussi de l’habitabilité de notre planète. La cause de la Terre et celle de la liberté ne sont pas opposées mais solidaires – à condition de comprendre qu’un mode de vie libre n’est pas basé sur le dépassement de la nécessité, mais sur la minimisation des dépendances matérielles asymétriques qui constituent le fondement des relations de domination. »

Revue de presse

« L’autonomie, c’est la liberté. À condition d’allier autonomie politique et autonomie matérielle.
À quoi s’oppose-t-elle ? À la vision de la liberté des dominants : l’émancipation vue comme délivrance, « le désir de mener une vie déchargée des tâches pénibles de la vie quotidienne ».
Cette vision, qualifiée ici d’aristocratique, est devenue dominante à mesure que s’est installée l’ère industrielle et ses promesses d’abondance. »
https://latelierpaysan.org/A-lire-au-plus-vite-TERRE-ET-LIBERTE-d-Aurelien-BERLAN
« Être autonome, c’est pourvoir à nos propres besoins, faire par nos propres moyens et vivre de nos propres ressources. »
https://reporterre.net/Nous-vivons-de-plus-en-plus-dans-un-cocon-numerique

Arnaud Meillarec

Auteur, conférencier, conseiller en jardinage avec le vivant, il met en place le Jardin-forêt des marais alliant arbres, plantes pérennes et annuelles sur 1000m2. Il a fondé et anime l'association "Cordemais en permaculture".

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